Pica Ouazi
25/11/2019 16:00

Présidentielle en Algérie : La campagne électorale décortiquée

Le maître de conférence à l’université Oran 1, Fayçal Sahbi a décortiqué la campagne pour l'élection présidentielle du 12 décembre. Il a qualifié cette dernière d' « insolite » dans une interview accordé au journal francophone El Watan, parue ce lundi 25 novembre.

Ce spécialiste en communication considère que la campagne électorale « échappe à toute logique communicationnelle ». Il explique que ce phénomène est du au refus populaire de cette échéance « largement refusée ». Fayçal Sahbi ajoute que ce refus s’exprime « par la difficulté à remplir les salles où se déroulent les meetings électoraux et à mobiliser les gens pour les "manifestations spontanées" en soutien aux élections du 12 décembre ».

L'universitaire indique « qu’on a l’impression que cette campagne se déroule à huis clos. Ce qui contraste même avec le folklore électoral auquel nous sommes habitués. On ne fait même plus attention aux formes.

Fayçal Sahbi affirme que les objectifs d’une campagne sont totalement dévoyés. Il explique que « le but d’une campagne, comme tout le monde le sait, est de convaincre. Or, il devient difficile de le faire quand on n’a pas de public en face et quand les rares présents, durant les meetings, sont des gens, a priori, déjà convaincus. On a même vu les forces de l’ordre protéger les meetings du public auquel est censée s’adresser la campagne ».

Campagne électorale sans contenu

Le maître de conférence abordera également le contenu de cette campagne. Il assure qu’on est devant un cas inédit où « le message principal est d’inciter les gens à voter. Non pas en faveur d’un candidat en particulier, mais voter tout court ». Il donne ainsi un exemple de la première semaine où « on a pu voir deux candidats se trouver en même temps dans la même ville, dans la même pièce, autour de la même table, en train de boire le thé ». Aussi, il ajoute qu’un troisième tentait dans un café de convaincre un citoyen de « voter pour n’importe qui. Le plus important est de voter ». Il souligne également que « cela ne passe pas inaperçu auprès de l’opinion publique et corrobore l’image caricaturale de la campagne qu’il commence à cultiver ».

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La campagne a servi le Hirak

« Au lieu de servir de vitrine aux candidats et à leurs programmes, cette campagne électorale a permis au Hirak d’étaler sa force de frappe», affirme Fayçal Sahbi. Il fait remarquer qu’ « chaque sortie électorale d’un candidat est devenue un prétexte pour manifester ». À ce titre, le maître de conférences dresse un constat positif pour la protestation. « Après avoir été un événement hebdomadaire (ou bihebdomadaire dans le meilleur des cas), le Hirak s’est transformé en un rituel quotidien ». Il ajoute aussi que « la campagne a élargi le champ géographique de la protestation. En témoignent les arrestations quotidiennes aux quatre coins de l’Algérie ; Tlemcen, Batna, Biskra, Adrar ».

Fayçal Sahbi souligne que ces actions contre la venue des candidats partout en Algérie ont « même mis à mal le "récit dominant", qui essaye de minorer l’importance du Hirak, en réduisant son espace géographique à la Grande-Poste, avec tout ce que cela implique au niveau connotatif dans l’imaginaire dominant ».

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