Pica Ouazi
23/07/2019 13:25

Une étude américaine révèle les véritables volontés du peuple algérien

Un sondage réalisé en Algérie par l’institut américain Brookings révèle que la majorité écrasante du peuple veut un changement radical du système politique. Cette enquête menée par des universitaires américains conclut que les Algériens soutiennent que la démocratie est la meilleure forme de gouvernance politique.

Cette étude, réalisée Professeur Sharan Grewal, le chercheur et académicien américain Tahir Kilavuz et le docteur Robert Kubinec, a été mené en ligne entre le 1er avril et le 1er juillet 2019 auprès de plus de 9'000 Algériens pour mesurer leurs attitudes à l'égard de la révolte populaire, ainsi que leurs objectifs. La population sondée comprend aussi un vaste échantillon de 1'700 militaires de différents grades.

Les résultats du sondage montrent que la majorité des Algériens soutient le mouvement de protestation et souhaite un changement radical dans le système politique. Ils révèlent aussi que les personnes sondées ont ras- le-bol de la corruption et souhaitent une transition démocratique. Quant aux militaires, ceux de grades inférieurs (soldats et officiers subalternes) sont largement d'accord avec les manifestants, mais les officiers supérieurs sont réfractaires aux changements revendiqués.

Conclusions principales de l’enquête de Brookings :

Soulagement après la démission de Bouteflika et soutien au mouvement populaire

Les citoyens sondés sont soulagés de la démission de Bouteflika et sont solidaires avec le mouvement de protestation. Même ceux qui ne participent pas à la révolte sont à 60 % avec les objectifs et souhaitent la poursuite du mouvement populaire. La majorité des Algériens interrogés dans cette enquête veulent un changement radical du système politique et pensent que la démocratie est la meilleure forme de gouvernance.

La population est contre la feuille de route des décideurs

L’enquête démontre que la feuille de route transitoire actuelle est intenable. Ils sont seulement 20 % des manifestants à penser que les élections présidentielles du 4 juillet annulées auraient été transparentes et libres.

Au lieu de cela, les personnes interrogées souhaitent une nouvelle constitution et la démission du président par intérim Abdelkader Bensalah ainsi que du Premier ministre Noureddine Bedoui. Les revendications vont jusqu’à demander la confiscation des biens appartenant aux hommes d'affaires proches de Bouteflika et l'interdiction pour les hauts responsables de son clan de se présenter aux prochaines élections.

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Les leaders qui font consensus

Bien que la révolte n’ait pas été dirigée par un chef, plusieurs personnalités sont populaires parmi les manifestants. Il s'agit notamment de militants de l'opposition, comme l'économiste Farès Mesdour, l’avocat Mustapha Bouchachi et le président de l'Union démocratique et sociale, Karim Tabou.

Mais les plus populaires sont les hommes d'État qui ont servi avant l’ère Bouteflika, tels que l’ancien président Liamine Zeroual, l'ancien premier ministre Ahmed Benbitour, et l'ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi. Ces derniers ont été présentés comme candidats potentiels de consensus entre les manifestants et le régime.

Recul de l’islamisme politique et des idéologies

Les islamistes organisés dans des partis politiques ou ceux qui sont dans l’illégalité ne sont pas populaires. Le constat est partagé même pour les partis politiques laïques. Ainsi, l'idéologie ne semble pas être un facteur déterminant dans les revendications. Au lieu de cela, les figures centristes sont perçues comme capables de faire le pont entre l'idéologie et la politique. En particulier, ceux qui ont refusé de participer aux élections sous Bouteflika bénéficient d’un plus grand soutien. Toutefois, à ce stade, très peu de répondants à ce sondage savent pour qui ils vont voter aux prochaines élections présidentielles ou législatives.

Les subalternes de l’armée soutiennent la révolte

Au sein de l'armée, les subalternes sont très favorables à cette révolte. Ils soutiennent les manifestants et sont solidaires avec leurs revendications. Sur presque toutes les questions, les soldats et les officiers subalternes ont eu la même altitude que les manifestants. Les officiers supérieurs de l'armée, par contre, sont plus prudents et expriment du scepticisme à l'égard de la démocratie et d'une voie révolutionnaire.

Lire aussi : Révolte populaire en Algérie : campagne de discrédit des figures démocratiques

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