OBS Algérie
15/03/2019 12:50

Algérie : Telegram, ou comment contourner la censure d'Internet

Dans un contexte de révolution citoyenne en Algérie, le peuple cherche le moyen de palier à une éventuelle censure de ses principaux canaux de communication. Telegram se démarque des autres plateformes et suscite un intérêt grandissant chez les Algériens, qui ont soif de liberté d'expression.

Alors que la colère gagne peu à peu tous les citoyens et toutes les franges de la société algérienne, et que le système politique est graduellement déconstruit par un mouvement de masse à l'ampleur et à l'étendue historiques, la censure pèse sur le peuple telle une épée de Damoclès.

Bien que les principaux canaux de communication soient sujets à la censure, Telegram se démarque par son orientation vers le respect de la vie privée et le contournement des filtres gouvernementaux. Cette plateforme de communication promet de faire pencher la balance.

La récidive de l'État

L’État algérien a maintes fois montré son manque d’hésitation quant à l’utilisation de la censure numérique pour réprimer et étouffer les mouvements populaires à même de défier son autorité ou de remettre en cause sa souveraineté, bafouant ainsi leur liberté d’expression.

Le dernier exemple en date serait la veille des mouvements du 22 février contre le cinquième mandat de Abdelaziz Bouteflika. Alors que la rumeur enflait sur les réseaux sociaux pour annoncer une coupure de la connexion, la compagnie nationale des télécommunications Algérie Telecom s’était empressée de la démentir pour rassurer ses clients.

Mais la vérité fut toute autre : dans la soirée du 21 février, les internautes algériens ont remarqué une baisse fulgurante du débit de connexion, suivie de coupures intermittentes et enfin d'une coupure générale. Cela avait été observé chez tous les fournisseurs d’accès Internet algériens ; Ooredoo, Djezzy, Mobilis et Algérie Telecom.

Le contournement standard de la censure

Les internautes algériens, qui ont l’habitude des restrictions de connexion durant les périodes d’examens (du baccalauréat et du brevet d’enseignement moyen), ont aussi l’habitude de recourir à des moyens conventionnels de contournement de la censure.

Les proxys, pour commencer, permettent une connexion « web » transitant par des ordinateurs distants (situés dans d’autres pays), et ouvrent l’accès à la majorité des réseaux sociaux sur un navigateur web (Chrome, Firefox, Edge, Opera, Safari, etc.). Mais les proxys sont faciles à filtrer du fait qu’ils utilisent tous le protocole http/https sur lequel reposent les sites web. Enfin, les proxys ne promettent aucune sécurité de l'information.

Les VPN, pour leur part, permettent de faire transiter tout le trafic réseau – applications mobiles incluses – par un réseau distant avant de l’envoyer à sa destination réelle. Offrant davantage de sécurité, les VPN souffrent des limitations imposées aux clients de leurs plans gratuits. De même, ces services gratuits étant peu nombreux, ils sont bien connus des autorités qui peuvent dès lors aisément bloquer les adresses de leurs serveurs, coupant tout accès à leurs utilisateurs.

Censure d’Internet en Algérie, qu’en est-il vraiment ?

Les précédents cas de censure d’Internet en Algérie révèlent un filtrage des plateformes de messageries et des réseaux sociaux, qui deviennent complètement inaccessibles. Ainsi, Facebook, Facebook Messenger, Instagram, WhatsApp, Discord, Twitter, et bien d’autres sont filtrés au niveau des adresses internet de leurs serveurs.

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D’autres plateformes populaires, telles que Google et ses services (comme Gmail, Google Play et YouTube), Outlook et les services Live (comme Skype) et Yahoo sont bloqués afin d’éviter que les membres de la société civile ne puissent y trouver une alternative pour communiquer.

De même, à cause du filtre mis en place ou par la volonté des autorités, le débit de connexion baisse tellement que très peu de paquets peuvent être envoyés sur le réseau, rendant la majorité des applications incapables de communiquer avec leurs serveurs. Ces applications ne peuvent pas gérer une communication à grande latence ; les requêtes qu’elles envoient expirent avant d’atteindre leur destination et le taux d’erreur dépasse leur seuil de tolérance, placé trop bas. En effet, celles-ci sont créées pour fonctionner dans un environnement où la bande passante Internet s’en va en s’élargissant ; des pays qui voient leur connectivité améliorée d’année en année et les forfaits Internet de moins en moins coûteux.

Le cas de Telegram

Alors que Facebook occasionnait une maintenance dont la durée s’est étalée au-delà des estimations de ses créateurs, la plateforme de messagerie instantanée Telegram a enregistré, en moins de 24 heures, plus de 3 millions de nouveaux utilisateurs.

Créée par les frères Nikolaï et Pavel Durov en 2013, Telegram est axée sur le respect de la vie privé et sur la totale liberté d’expression. Après plusieurs tentatives de prise de contrôle et de corruption par les gouvernements et les agences de sécurité de plusieurs États, Telegram a développé un réseau pour palier à toute tentative de censure et pour contourner tous les stratagèmes pouvant être mis en place par les gouvernements.

En effet, utilisant une technologie unique développée par Nikolaï Durov lui-même, Telegram n’est pas sujet au filtrage sur base du protocole. Permettant une connexion extrêmement lente et saccadée, il reste aussi accessible lorsque la bande passante est réduite au point où toutes les autres applications ne fonctionnent pas.

Un blocage des serveurs de Telegram ?

À l’instar de l’Iran et de la Russie, le gouvernement algérien pourrait décider de bloquer les adresses de tous les serveurs de Telegram. Et à l’instar des Iraniens et des Russes, les Algériens pourront bénéficier des « mtproxy » de Telegram. Ce genre de proxys, spécialement créé pour Telegram, permet à tout le monde de créer et de partager des proxys à l’intérieur même de l’application afin de contourner tout blocage qu’elle pourrait subir. La connexion est simple et se fait par un simple clic sur un lien. Les proxys sont gratuits et sont disponibles par milliers sur des chaînes créées spécialement pour les relayer.

Une coupure complète de la connexion ?

Le peuple algérien n’est pas à l’abri d’une coupure complète de l’accès à Internet. Mais une telle coupure, outre le fait qu’elle viole les droits à l’information, la liberté d’expression et plusieurs autres libertés couvertes par les conventions et les chartes internationales, paralyserait le pays et son économie. Une coupure généralisée prolongée ne pourrait de toute évidence pas être soutenue par le gouvernement tout en gardant un contexte de paix sociale.

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